Les premiers campeurs

Après deux étés à aménager la route et le site, le père Paul et son équipe étaient enfin prêts, le 26 juin 1966, à accueillir les 33 campeurs qui vivraient le tout premier séjour du Camp de vacances Kéno. Personne n’avait prévu la pluie torrentielle qui s’est abattue sur le camp pendant deux jours entiers, juste avant leur arrivée! Le terrain récemment nivelé est devenu détrempé et boueux, les voitures n’arrivaient pas à monter la dernière côte et le moral du personnel fondait dangereusement. Mais le père Paul, armé d’un optimisme inébranlable, assurait à tous qu’il ferait beau dès le lendemain.

Comme de fait, le soleil a brillé presque sans interruption pendant tout le mois de juillet. Les parents, invités à venir visiter les campeurs lors du deuxième dimanche du séjour, avaient du mal à reconnaître l’endroit!

Les premiers campeurs

Lors de cette visite, le père Paul a prononcé fièrement une phrase désormais célèbre au camp : « À Kéno, il fait toujours beau! ». Il a tellement répété ce slogan pendant le séjour qu’à la fin de l’été, tout le personnel l’avait aussi adopté.

Les premiers campeurs

Le beau temps était particulièrement apprécié par tous, étant donné que pratiquement toutes les activités se déroulaient à l’extérieur. Les campeurs suivaient des cours de natation à la plage, et ils pouvaient recevoir les badges de la Croix-Rouge à la fin du séjour. Avec le père Roger, ils fabriquaient des figurines en plâtre et des objets en cuir sous la tente du bricolage. Le père Gilles, en charge des Sciences Nature, leur apprenait à différencier les types d’arbres et de nuages et à distinguer les constellations. Il avait également installé un cadran solaire sur une immense souche d’arbre, et montrait aux campeurs comment le déchiffrer.

Les premiers campeurs

Au camping, les jeunes apprenaient les activités d’expédition de base : monter la tente, préparer un feu de cuisson, utiliser une hache, etc. Une autre activité largement appréciée des jeunes était le ramassage des branches, parce qu’ils avaient alors l’occasion de faire un tour de camion et d’aider à nettoyer les sentiers et les chemins un peu partout sur le camp.

Les premiers campeurs

Chaque jour, les campeurs profitaient également d’un cours de canot donné par le père Paul lui-même. Il leur enseignait les parties du canot et les coups de base, puis les invitait à se pratiquer sur l’eau. Il les emmenait faire le tour des îles avoisinantes, et le groupe se rendait parfois jusqu’à la Baie des Vikings, un peu plus loin sur le lac. À la fin du séjour, chaque campeur était évalué et pouvait obtenir son brevet de canot.

Les premiers campeurs 23 badge canot

Bien qu’une certaine structure régissait les activités sur le camp, il n’y avait pas à l’époque d’horaire précis et détaillé, et l’atmosphère était donc très décontractée. Quelques éléments ponctuaient chaque journée, comme l’inspection des huttes, le rassemblement du matin, la levée du drapeau, les chants devant la cafétéria et la sieste, mais en général, chacun adaptait les activités à son groupe et à la météo. D’ailleurs, dès les débuts du camp, le père Paul a instauré une philosophie face à la pluie qui est toujours en vigueur aujourd’hui : elle n’empêcherait personne d’avoir du plaisir à l’extérieur! Lorsque la foudre tombait sur le lac, il se rendait sur la berge avec les jeunes pour leur faire admirer les nuages et l’intensité du tonnerre. Dès que l’orage était passé, il retournait donner son cours de canot.

Les premiers campeurs 44 rassemblement 1

Pour ce premier été, le camp avait reçu suffisamment d’inscriptions pour un seul séjour, en juillet. Les pères ont donc profité du mois d’août pour accomplir d’autres travaux, comme la construction de l’infirmerie et de l’Amirauté, dont ils étaient particulièrement fiers. Ils ont également aménagé le carré de sable près du Brico-Nature.

Les premiers campeurs 18 amirauté

De plus, monsieur Rosario Moisan est venu installer les fils électriques qui reliaient la petite génératrice à tous les bâtiments. Les installations étaient encore assez rudimentaires à cette époque : il n’y avait ni chambre froide, ni congélateur, ce qui obligeait le père Poussard à se rendre à Saint-Raymond ou à Québec pratiquement tous les jours afin de se procurer la nourriture et le matériel nécessaire au bon fonctionnement du camp. À ceux qui le plaignait du peu de commodités dont il disposait au camp, il répondait : « On ne pense même pas au confort. On est simplement heureux qu’enfin notre rêve de colonie de vacances prenne vie! »

Les premiers campeurs

Ce premier été reste gravé dans la mémoire de ceux qui l’ont vécu. Le père Roger, moniteur lors du premier séjour, se rappelle : « On a passé un mois extraordinaire. On avait réussi une bonne programmation, et on était très satisfaits. À la fin du mois de juillet, ça m’a fait quelque chose de quitter Kéno, et j’avais déjà hâte à l’été suivant! »

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Elisabeth Blais 

 

 

 


ELISABETH BLAIS
Coordonnatrice aux communications