Le choix du site

C’est à l’été 1963 que le père Paul Bélanger et le père Rosaire Poussard ont mis les pieds pour la première fois sur ce qui allait devenir le site du Camp de vacances Kéno. Le père Paul rêvait déjà depuis quelques années de fonder une colonie de vacances, et après avoir visité plusieurs lacs de la région, il avait arrêté son choix sur le lac Long.

Les deux hommes ont emprunté une petite route de terre jusqu’à la Rivière Noire, où ils ont mis leur canot à l’eau pour pagayer jusqu’au lac Long, à la hauteur de la Baie à Coton. À cet endroit, le père Poussard est descendu du canot pour parcourir le site à pied, du secteur des Explorateurs actuel jusqu’à la Baie de Kéno, où le père Paul l’a rejoint en canot. Ils ont tous deux convenu que l’endroit était assez spacieux et isolé, idéal pour leur projet.

Le début du rêve

La construction de la route

Après avoir obtenu l’appui de la communauté des pères Maristes et l’octroi d’un bail pour le terrain, le père Paul s’est de nouveau rendu au lac Long à l’automne 1963 en compagnie du père Gilles Chabot, afin de tracer la route qui mènerait jusqu’au camp. La première portion de cette route était un ancien chemin de bûcherons aménagé en 1885, et très peu entretenu depuis. Les deux hommes ont tracé un chemin et plaqué les arbres depuis la fin de la route existante jusqu’à la baie de Kéno.

Le père Gilles raconte : « C’est lors cette journée qu’on a fait la connaissance d’Oscar Bertrand, et qu’on lui a fait part de notre projet. Il nous a répondu que jamais on ne verrait de chemin se rendant jusqu’à la baie, que ce serait impossible. Ça ne nous a pas découragés! »

Grâce à la générosité de plusieurs donateurs, les pères sont arrivés à amasser l’argent et le matériel nécessaires à la construction de la route, qui a commencé officiellement au début de l’été 1964. Ils ont entre autres reçu le prêt d’un bulldozer et d’une cabane de chantier assez rudimentaire, où ils habiteraient pour la durée des travaux.

Le début du rêve

Au départ, la route avançait très bien, le terrain s’aménageait facilement, et le chantier s’est donc rapidement rendu jusqu’à la descente vers la Rivière Noire où le père Paul et le père Poussard avaient mis leur canot à l’eau l’été précédent. C’est à partir de cet endroit que le travail s’est compliqué.

Le début du rêve Le début du rêve 

Marécages, ravins, côtes abruptes et barrages de castors se sont dressés sur le chemin des travailleurs, rendant les journées de plus en plus éreintantes pour ceux qui étaient plus habitués aux salles de classes qu’à la vie de chantier! Comme le sol était encore trop mou pour emprunter la route en voiture, les travailleurs devaient se rendre au chantier en chaloupe.

Le début du rêve

Les hommes ont dû abaisser les côtes à l’aide du bulldozer et dynamiter les caps rocheux. Le père Gilles se souvient très bien de ceci : « Quand on voulait dynamiter, on ne pouvait pas creuser beaucoup plus que 30 centimètres dans la roche. Quand les trous étaient creusés, on descendait les bâtons de dynamite dans le fond des trous. On allumait la mèche avec notre cigare. On savait qu’on avait 45 secondes avant l’explosion. Alors on allait se cacher en arrière d’un merisier ou d’un hêtre. On ne s’est jamais fait blesser! »

Le début du rêve

Au bout de huit semaines de travail, après avoir fabriqué des dizaines de calvettes et de pontages pour franchir les ruisseaux et les marécages (où les hommes s’enfonçaient parfois dans la boue jusqu’au coude!), l’équipe est finalement arrivée sur le terrain du camp de vacances. Le bruit du bulldozer a réveillé Oscar, qui n’en croyait pas ses yeux de voir qu’une route se rendait bel et bien jusque-là!

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L’aménagement du terrain

Les pères ont ensuite conduit le bulldozer jusqu’au site de la plage, pour enlever des arbres et aménager l’espace. Ils ont également dégagé l’emplacement des huttes du secteur des Découvreurs et fait l’ébauche du chemin qui se rend jusqu’à la cafétéria actuelle. Ils se sont ensuite rendus à la Baie de Kéno, où ils ont construit une tranchée pour que l’eau qui ruisselait de la montagne puisse s’écouler dans le lac et que le terrain alors très marécageux puisse s’assécher. Tout était alors prêt pour les premières constructions, qui débuteraient l’été suivant.

Le début du rêve

Alors qu’il se remémorait ces moments, le père Paul a déclaré : « À la fin de l’été 1964, nous avions réussi à faire nous-mêmes la route. Nous étions très fiers d’avoir relevé le défi ! »  

Elisabeth Blais 

 

 

 


ELISABETH BLAIS
Coordonnatrice aux communications